La pédagogie disruptive avec la Khan Academy

Aujourd'hui, j'avais envie de vous parler un peu de pédagogie avec l'approche de la Khan Academy lancée par Salman Khan il y a quelques années et dont l'aventure est décrite dans le livre "L'éducation réinventée".

De nouveaux modèles pédagogiques émergent toujours à des moments clé des l’histoire. Harvard et Yale ont été fondées peu après la colonisation de l’Amérique du nord. Le MIT, Stanford et le système universitaire fédéral ont résulté de la révolution industrielle et de l’expansion territoriale américaine.

Aujourd'hui, la technologie abolit les frontières et le monde ressemble désormais à une vaste école. Toutefois, notre modèle scolaire à l'échelle des pays reste très ancré à l'ancien monde, où le professeur passe plus de temps à présenter un cours magistral et corriger des copies, que de se focaliser sur chaque élève, ses difficultés, son mode d'apprentissage.

Pourtant, les gens n'apprennent pas tous à la même vitesse. Certains comprennent rapidement, intuitivement; pour d’autres, le chemin est plus lent et sinueux. Par ailleurs, intégrer rapidement une information ne veut pas dire la comprendre. la vitesse d’apprentissage est donc une question de personnalité, pas d’intelligence.

Il y a une centaine d’années, la Business School d’harvard a innové en proposant des cours fondés sur des analyses de cas. On n’y dispense aucun cours magistral. Durant leur temps libre, les étudiants lisent un article de dix à vingt pages décrivant la situation d’un individu ou d’une entreprise puis participent à un débat en classe, où la présence est obligatoire. les enseignants sont là pour faciliter la discussion, non la dominer, il est impossible de décrocher. vous enregistrez activement chaque information fournie par vos camarades pour ensuite tirer vos propres conclusions et participer à votre tour à la discussion.

Et le modèle français dans tout ça ? N'en parlons même pas. On a voulu du "progressisme".... mais c'était juste le volet sociétal de la politique actuelle, rien à voir avec les outils et méthodes de pédagogie.

Dans le modèle scolaire traditionnel (issu du modèle Prussien), le volume horaire dédié à une notion est fixe tandis que son degré de compréhension est variable. Pourtant , la donnée fixe, c’était le degré de compréhension d’un sujet tandis que la variable était le temps que les enfants passaient à le maîtriser (approche de Washburn). Un enseignement efficace devrait se concentrer sur le flux des informations, cette chaîne d’associations qui relie un sujet à un autre, de façon transdisciplinaire. Malheureusement, le modèle actuel procède exactement à l’inverse.

Ce n'est pas vraiment en partant de ces postulat que la Khan Academy a vu le jour... mais presque par hasard. La nièce de Salman, pourtant brillante, avait râté un examen et allait être "orientée" dans une voie dans issue - Salman a décidé de lui donner des cours via des vidéo sur Youtube. il a vite compris que le problème c'est que sa nièce manquait de bases... et qu'elle coinçait sur les conversion des unités mesures  - et surtout, elle avait perdu confiance en elle. Ayant réussi à la remettre sur les rails, Salman a donné d'autres cours à d'autres enfants de sa famille (tout en continuant son travail). Petit à petit, il a développé des outils, des méthodes... un site web... C'est là qu'est née la Khan  Academy.

L’ordinateur se chargeant de donner les devoirs, il reste du temps pour la partie humaine du travail: l’accompagnement et le conseil. Mais l'originalité du système, c'est aussi qu'on ne se contente pas de 80 ou 90% de réussite pour passer au niveau suivant. Il faut 100%, ou plus précisément, réussir 10 exercices d'affilée (processus qui s'est affiné depuis). Et on considère que si un élève fait 50 exercices et n’arrive pas à effectuer 10 réponses correctes d’affilée, il est en situation de blocage.

Selon certaines études, la plupart des gens arrêtent d’apprendre après 30 ans., apprendre de nouvelles choses cesse d’être une priorité. La plasticité cérébrale diminue bel et bien avec l’âge. un cerveau plus âgé a plus de mal à assembler différents éléments de base. cela complique l'apprentissage des adultes et explique pourquoi il paraît plus aisé de s’initier à une langue étrangère quand on est jeune.

La certitude du changement couplée à la totale incertitude quant à la nature de celui-ci a des conséquences profondes et complexes sur notre approche de l’éducation. Puisqu’on ne sait pas ce que les jeunes auront besoin de savoir dans 10 ou 20 ans, l’important n’est pas tant de leur enseigner un contenu qu’une méthode. En dehors des fondamentaux, toutefois, la tâche essentielle de l’éducation est de leur transmettre comment apprendre.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture du livre, je l'ai dévoré en 3H. Et si vous voulez suivre ou créer des cours, c'est par ici.